Léon Gromier, Commentaire du Caeremoniale episcoporum. L’absoute I

Livre 2
Chapitre 11*

Préparatifs pour la messe pontificale des morts. Qualité de la cire.  L’évêque n’emploie ni sandales, ni gants, ni crosse. Il omet les prières de la préparation. Parure du chapitre. On ne baise pas les mains de l’évêque. Où se chantent l’épître et l’évangile. Des cierges sont distribués et allumés. Quels encensements on fait. (Oraison funèbre.) Absoute donnée devant le trône, ou bien au catafalque. Cinq absoutes pour le souverain pontife, un cardinal, (le nonce,) le métropolitain, l’évêque, le prince souverain. Personnages qui les donnent, et comment ils sont vêtus. Ordonnance des encensements. Chant (des répons et) des oraisons. Fin des absoutes, et modalités les concernant.

1. Quand l’évêque veut célébrer pontificalement pour la commémoraison de tous les défunts, ou bien n’import quand, pour un ou plusieurs défunts, on prépare ce qui suit, L’autel sans aucun ornement de fête, sans statues ni bustes de saints, (sans reliquaires,) mais seulement avec la croix et six chandeliers (non dorés.) Deux chandeliers sur la credence, le drap mortuaire qu’on étendra pour l’absoute après la messe, s’il n’y a pas dans la nef un catafalque, ou lit funèbre, ou civière mortuaire.

(…) On distingue plusieurs manières de disposer le corps d’un défunt, ou d’en faire la représentation. Leur complexité se proportionne à la qualité du défunt.

Première manière: Le lit funèbre est un vaste lit, très surélevé à l’ancienne mode, à plan incliné portant un forme de cercueil; le tout entouré d’étoffe noire, et couvert du drap mortuaire. Le défunt semble être sur le lit; en réalité il est dessous.

Seconde manière: Le catafalque, qui se voit un peu partout, est une estrade plus ou moins haute, plutôt pyramidale, qui porte soit le cercueil, soit une forme de cercueil ou de tombeau; le tout de couleur noire, et couvert du drap mortuaire.

Troisième manière: La civière est un brancard à quatre pieds et quatre barres, convenablement décoré, qui sert à porter le cercueil couvert du drap mortuaire. On la pose sur le sol, ou sur une plate-forme.

Dans ces trois manières, des cierges brûlent autour du défunt, placés sur des chandeliers de préférence en fer ou en bois.

Quatrième manière: Le drap mortuaire étendu par terre, au pied du trône ou au pied de l’autel, suppose que le défunt est enterré sous le pavé; on l’étend au moment voulu, sans chandeliers.

Une cinquième manière, peu répandue, usitée à Rome, dite more nobilium, caractérise la noblesse du défunt, quand on n’a pas motif de faire autrement. Sur le drap mortuaire étendu par terre, dans la nef, on place le cercueil nu; deux chandeliers seulement, un à la tête, l’autre aux pieds: autour du drap mortuaire un quadrilatère formé de simples bancs de bois, sur lesquels sont couchés
des paquets de cierges éteints. Cela montre de la modestie quant au défunt, et ensemble de la générosité quant à la paroisse, qui bénéficie des paquets de cierges.

Le Caeremoniale episcoporum (C. E.) appelle castrum doloris un catafalque de grandes proportions, d’aspect monumental, qui peut s’employer pour le pape (le corps non présent), pour le souverain, pour un haut personnage, pour un citoyen éminent. Jadis, ce catafalque était parfois surmonté d’un baldaquin à colonnes, chose prohibée; mais on y voyait bien moins le dais d’un trône qu’un ciel de lit, à une époque où tout lit respectable avait une garniture de ce genre.

Le cercueil, réel ou feint, de tous les ecclésiastiques défunts, doit toujours être mis dans la nef, jamais dans le chœur. L’ecclésiastique vivant avait bien sa place au chœur, stalle ou même trône; mais mort, il ne peut plus l’occuper; son cadavre ne doit pas encombrer le chœur. Tout ecclésiastique est un homme public, un fonctionnaire religieux. Défunt, il ne déchoit nullement de son rang à être placé dans la nef, exposé là où le peuple peut l’approcher, jadis le voir, le vénérer; où il se trouve au milieu de sa parenté et des personnes menant le deuil. Quant au clergé, la meilleure manière dont il peut honorer le défunt est de se rendre auprès de lui afin de l’entourer pendant l’absoute.

(…) 6. Si l’on distribue des cierges, on le fait durant le chant de la séquence. On les allume pour l’évangile; ensuite pour la consécration, jusqu’après la communion; enfin pour l’absoute.

Le C. E., le Missel, le Pontifical et le Rituel s’accordent pour déclarer facultative la distribution des cierges dans la messe des morts. Notons pourtant que le Rituel en recommande fort l’emploi d’une façon générale, et les demande pour l’absoule. Notons aussi que le C. E. et le Pontificat veulent que les absolvants des cinq absoutes aient leur cierge; cela ferait un curieux contraste avec le cIergé s’il n’avait point de cierges.

Si quelqu’un s’étonnait de voir le clergé tenir des cierges pendant l’évangile, alors que les acolytes ne portent pas leurs chandeliers, il devra faire cette réflexion: Les chandeliers des acolytes se portent à cause de l’évangile, qui dans notre cas subit une simplification sur l’ambon, la lumière et l’encens; au contraire, le clergé tient des cierges à cause des morts et de l’application de l’évangile qu’on leur fait.

(…) 10. 11. A la fin de l’oraison funèbre, ou si elle n’a pas lieu, dès que l’évêque a revêtu le pluvial après la messe, des clercs étendent le drap mortuaire au pied du trône, devant le plus bas degré, pour l’absoute. Si l’évêque avait chanté la messe au faldistoire, on étendrait
le drap mortuaire au pied de l’autel, devant le plus bas degré, pour y donner l’absoute.

Le texte latin donne à choisir: ou étendre le drap mortuaire, ou apporter la civière mortuaire, tant au pied du trône qu’au pied de l’autel. La civière n’est connue ni du Caeremoniale S.R.E., ni de P. Grassi; elle fut admise plus tard à la chapelle papale, puis introduite dans le C. E., et n’y fut pas un perfectionnement. Si l’on étend le drap mortuaire, on suppose le mort enterré sous le pavé à cet endroit; en cela rien d’impossible, d’invraisemblable, de surprenant. Au contraire, si l’on amène une civière censée porter un mort, on fait une manœuvre stupéfiante, une supercherie incroyable; des questions se poseront: d’où arrive le mort? Que n’est-il venu plus tôt? Ne savait-on qu’en faire jusqu’à présent? Voilà qui frise le ridicule. Qu’on s’en tienne donc au simple, commode et modeste drap mortuaire.

Quoique l’ordre logique des phrases ne soit pas observé dans le texte latin, on comprend bien le drap mortuaire étendu au pied du trône ou de l’autel, suivant qu’on donne l’absoute depuis l’un ou l’autre. On le comprendrait encore mieux si, à la treizième ligne du numéro 10, le mot presbyterii, de sens peu précis aujourd’hui, ne causait pas superfluité et perplexité. Ce lieu dit presbytère n’est pas obligé d’avoir des degrés; s’il en a quelque part, ce ne seront jamais les degrés du trone ni de l’autel.

10. Si, au milieu de l’église, se trouve le lit funèbre ou le catafalque, l’évêque doit s’y rendre processionnellement avec les chanoines et le clergé, qui prendront place à des bancs préparés, pour eux; aussi bien dans le cas de l’évêque seul, que dans celui de l’evêque joint à quatre autres absolvants, comme on verra. (Alors on prépare un faldistoire couvert de noir, et au besoin quatre tabourets nus, en plus de ceux. pour les ministres.)

12. L’évêque assis, et le drap mortuaire étendu, les chantres commencent le répons Libera me, Domine, etc. A la reprise du répons viennent au trône le thuriféraire et le porte-bénitier; l’évêque, servi par le prêtre assistant, met et bénit l’encens. Sur la fin du répons, l’évêque sans mitre se lève; après le troisième Kyrie, eleison, il chante Pater noster, qu’il continue en silence; il reçoit l’aspersoir du prêtre assistant, asperge trois fois le drap mortuaire, au milieu, à sa gauche, à sa droite, rend l’aspersoir, reçoit du même l’encensoir, et en donne pareillement trois coups sur le drap mortuaire, les diacres assistants élevant toujours les bords du pluvial. Pendant ce temps sont venus au pied du trône deux acolytes avec leurs chandeliers, hors du drap mortuaire, le porte-livre et le porte-bougeoir se tenant prêts. L’encensement terminé, l’évêque chante Et ne nos inducas, etc., les versets et l’oraison, sur le livre tenu par le prêtre assistant. A la fin, en chantant le verset Requiem aeternam, etc., l’évêque fait un signe de croix vers le drap mortuaire; puis les chantres ajoutent Requiescant in pace. On dépose les ornements sur place, et l’évêque se retire après avoir fait oraison.

Certains voudraient que le livre fût tenu à l’évêque par le portelivre, non par le prêtre assistant, sous prétexte que le C. E. dit: tenu par le ministre habituel. Or, l’un et l’autre sont le ministre habituel, chacun dans le cas prévu; aucun des deux n’est plus habituel que l’autre. Le prêtre assistant tient le livre dans toute véritable célébration; le porte-livre dans tous les autres cas; or ici nous avons célébration, qui continue. On ne dira pas que, la célébration étant terminée, le prêtre assistant ne tient plus le livre; car ainsi, à l’oraison de tierce parée, le prêtre assistant ne tiendrait pas encore le livre, la célébration n’étant pas commencée. Pour lors, la célébration continue si bien que le prêtre assistant tient le livre pour l’oraison Non intres in judicium, etc. (n. 17). Si donc le prêtre assistant tient le livre pour la première oraison de l’absoute, le bon sens exige qu’il le tienne pour la dernière.

Cette anicroche est arrivée d’une façon assez banale. Le C. E. copie presque littéralement la description de l’absoute dans le Pontifical (l. 3, De officio post missam pro defunctis), qui suppose la messe au faldistoire. Dans les premières éditions du C. E., la messe pontificale des morts n’avait ni diacres assistants pour la messe, ni prêtre assistant pour l’absoute. Lorsque, fort justement, on introduisit dans la messe funèbre au trône le chapitre paré et les trois assistants du trône, on pensa bien au prêtre assistant pour lui faire tenir le livre à l’oraison Non intres, etc.; mais on l’oublia pour l’oraison de l’absoute au trône, et pour la dernière oraison de l’absoute au catafalque.

Le texte latin déplace indûment le signe de croix que doit faire l’évêque; car c’est en chantant Requiem aeternam, etc., non en silence après le Requiescant in pace final. Le même signe de croix est oublié à la fin du numéro 22.

Puisque, à la neuvième ligne du présent numéro, le C. E. esquisse l’hypothèse de l’absoute au faldistoire, mais sans aboutir, et en s’interrompant au Pater noster, on est forcé de suppléer à cette lacune. Voici donc en entier la cérémonie, tronquée dans le texte latin.

Si l’évêque a chanté la messe au faldistoire, pendant qu’il s’y déshabille pour prendre le pluvial, le prêtre assistant quitte le sien et se retire, ayant achevé sa fonction; on étend le drap mortuaire devant l’autel. Pendant le chant du répons l’évêque est assis au faldistoire, le diacre et le sous-diacre à leur banc. A la reprise du répons, les ministres rejoignent l’évêque, le diacre lui fait mettre et bénir l’encens; le thuriféraire et le porte-bénitier vont au coin de l’évangile. Avant le Kyrie, eleison, le diacre ôte la mitre, l’évêque monte directement au coin de l’épître, devant le missel, ayant les ministres à sa droite. Après le dernier Kyrie, l’évêque chante Pater noster, se rend au milieu de l’autel et lui tourne le dos, entre le diacre à sa droite et le sous-diacre à sa gauche. Servi par le diacre, il asperge et encense le drap mortuaire; puis retourne devant le missel, ou il chante Et ne nos, etc., les versets et l’oraison. Après celle-ci, sans changer de place, il se retourne vers le drap mortuaire et fait un signe de croix en chantant le verset Requiem aeternam, etc. Ensuite l’évêque reçoit la mitre, et va au faldistoire s’il y dépose les ornements.

(…)

Livre 2
Chapitre 37

Un anniversaire pour tous les évêques et chanoines défunts de la cathédrale y doit y être célébré chaque année. L’évêque assiste pontificalement à la messe. L’absoute est donnée par l’évêque ou par le célébrant.

1. Un jour non empêché dans les sept qui suivent le 2 novembre, l’anniversaire pour tous les évêques et chanoines de la cathédrale défunts sera chanté par un chanoine. L’évêque y assistera pontificalement en chape, puis prendra le pluvial et donnera l’absoute comme au chapitre précédent.

2. Si l’évêque n’était pas présent, ou s’il était présent mais ne donnait pas l’absoute, le célébrant la donnerait de la manière suivante.

Voici la description de l’absoute donnée depuis l’autel, ressemblant à celle donnée depuis le trône, sans catafalque, sans procession, le clergé restant à ses places au chœur; absoute s’adaptant aux services de troisième, septième, neuvième, trentième, quarantième jour, et d’anniversaire.

La messe finie, le célébrant descend à son banc au coin de l’épître; lui et ses ministres quittent le manipule; il prend le pluvial au lieu dela chasuble; tous trois s’asseyent, comme l’évêque et le chœur, pendant le chant du répons Libera me, etc. En même temps des ercs auront étendu le drap mortuaire sur le pavé devant l’autel.

Durant le répons, l’évêque est assis au trône, un évêque officiant au faldistoire y serait assis, le clergé est assis au chœur, n’ayant point motif d’être debout; mais le célébrant serait debout à l’autel pour n’y rien faire, d’après le texte latin. Celui-ci doit s’entendre avec tempérament; en d’autres termes, le célébrant monte à l’autel quand il le faut.

3. Lorsque les chantres reprennent le répons après le verset Requiem aeternam, le thuriféraire et le prêtre assistant montent au trône; l’évêque, servi par le prêtre assistant, met l’encens avec la bénédiction habituelle. Ensuite le thuriféraire porte l’encensoir à l’autel, se joint au porte-bénitier, et tous deux vont au coin de l’évangile.

Le célébrant devra agir au milieu de l’autel, servi par le diacre à sa droite, vers le coin de l’évangile. Le thuriféraire et le porte-bénétier ne peuvent donc pas se tenir du côté de l’épître, malgré le latin qui fait erreur de rédaction.

4. A la reprise du répons, le célébrant avec ses ministres monte au coin de l’épître, devant le missel. Il met et bénit l’encens, servi par le diacre, si l’évêque n’est pas présent.

5. A la fin du répons, tous se découvrent et se lèvent pour le Kyrie, eleison. Après le dernier Kyrie, le célébrant chante Pater noster et continue à voix basse; il va au milieu de l’autel et lui tourne le dos, ayant le diacre à sa droite, le sous~diacre à sa gauche. Servi par le diacre, il asperge puis encense le drap mortuaire de trois coups. Retourné devant le missel au coin de l’épître, il chante Et ne nos inducas, etc., les versets et l’oraison. Après celle-ci, en chantant le verset Requiem aeternam dona ei, Domine, il se tourne et fait un signe de croix vers le drap mortuaire. Le verset Requiescant in pace ajouté par les chantres, il retourne à la sacristie.

Cette manière de donner l’absoute vaut également pour un évêque ayant chanté la messe au faldistoire, avec une seule différence: l’évêque célébrant met et bénit l’encens assis au faldistoire, d’où il part pour monter au milieu de l’autel avant le Kyrie, eleison.

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Si è omesso il commento alle cinque assoluzioni al catafalco.

Cfr. L. GROMIER, Commentaire du Caeremoniale episcoporum, Paris, La Colombre, 1959, pp. 332-339; 466-467.

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